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#2> Création et l’Internet : « du stock au flux » janvier 31, 2012

Posted by jmplanche in Journal de bord, Note du jour.
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Deuxième partie d’un texte remanié, publié dans “Au fil des Labs #1″, recueil de réflexions des experts des Labs de la Hadopi et suite logique d’un précédent billet :

#1> Création et l’Internet : constats

Passons maintenant à l’exercice plus délicat de proposition d’un futur possible. Futur qui serait permis grâce et non pas à cause de l’Internet et d’une société « numérisée et en réseau ».

Futur qui ne serait pas contraint par une technologie et qui ne sera pas une répétition du passé …

« I have a dream »

Liberté, égalité, fraternité …
Les œuvres sont libres et égales et peuvent circuler, sur tous les réseaux au travers du terminal que je choisis et peuvent ainsi satisfaire ceux qui souhaitent tout autant créer de la valeur, la partager, la posséder, la diffuser … que les respecter et les aimer.

Le numérique : un moyen, des opportunités

Faire plus, faire mieux. Il n’est pas l’heure, ici, de ré-expliquer que LE sujet est bien le numérique et non ses expressions en terme d’usage, plus ou moins « justes ». Le numérique n’est pas seulement l’économie numérique ou même une certaine idée de l’Internet restreint à un contexte « Web marchand » telle qu’on le voit trop souvent.

L’Internet : une vision de société

L’Internet n’est pas un média.
L’Internet n’est ni Google, ni Facebook.
L’Internet est l’enfant légitime d’une utopie séduisante, comme le reprochait une députée célèbre pour ses analyses.
L’Internet est :

un modèle nouveau de société,
plus centré sur l’individu et son libre arbitre
.

Ce qui ne veut pas dire « n’importe quoi », même si les principes initiaux fondateurs ont pu apparaître comme de l’anarchie : « pas de gouvernement, pas de loi, pas de frontière », disait-on. En fait le point était de déplacer le sujet à un tel niveau qu’il nécessite de tout ré-inventer et remettre la place de l’homme au centre du dispositif. Evidemment, pour se donner bonne conscience, il est plus facile de penser que l’Internet est un territoire de non droit et qu’il nécessite de nouvelles lois pour le faire « entrer dans le rang ». Ceci arrangeant bien aussi ceux qui, à l’utopie séduisante, avaient bien compris comment utiliser son plein potentiel à leur profit.

Un facilitateur

L’Internet va bien au delà des débats que nous voyons depuis 20 ans et qui s’intéressent plus au bruit qu’au fond. Nous sommes maintenant baignés dans une atmosphère Internet, « une atmosphère IP ». Poser le sujet de l’Internet comme une commodité est un bon moyen de comprendre l’importance de ses enjeux. Il y aura ceux qui l’ont et les autres, tout comme il y a eu un avant et un après l’Internet.

Un révélateur

Maintenant ne comprendre l’Internet que comme une problématique d’accès, d’infrastructure ou d’économie est manquer l’essentiel.

Le point fondamental est que chacun puisse,
non pas seulement utiliser mais
PARTICIPER, CREER, voir diffuser lui même
ses informations, ses services, son innovation, ses passions.

Tout ceci conformément aux lois en vigueur … c’est un minimum, tout comme il est un minimum de faire évoluer des lois qui ne seraient plus adaptées à notre époque.
Comme le produit que l’on utilise pour « révéler » une image sur un papier photographique, l’Internet révèle nos maux, nos faiblesses mais aussi de nos espoirs et potentiellement notre potentiel créatif et inventif.
Et en cela, il faut faire très attention de ne pas en changer la nature, pour ne pas en altérer le potentiel.

Porteur de solution plus que du problème

Ainsi il est plus facile de voir les problèmes qui se posent et qui s’amplifient, « à cause » de l’Internet, que de voir ce qui pourrait être résolu grâce à ses principes dits « user centrics ». Nous sommes entièrement dans le paradoxe du Pharmakos. L’Internet mal utilisé peut détruire de la valeur, tout comme un médicament mal ou trop administré peut rendre malade. A bonne dose, c’est pourtant ce qui guérit, ce qui sauve.

Pour quel futur ?

Allons nous continuer de faire le jeu de quelques-uns qui renforcent de plus en plus leurs capacités à « orchestrer notre vie numérique » ?
Ne nous rendons nous pas compte que de se focaliser sur une guerre incessante entre progrès et pillage, on leur laisse toute la place pour s’organiser et renforcer leur puissance ?

Et si nous tentions autre chose ?
Et si nous faisions comme si le numérique était une chance ?
Et si nous étions habités par l’obsession de faire plus et mieux et de ne pas décevoir en ratant sans cesse les trains qui passent devant nous ?
Et si nous surpassions nos craintes, nos peurs, nos cicatrices ?
Et si nous faisions l’inverse de tout ce que l’on nous pousse à faire ?

A vouloir formater « le numérique » à partir des précédentes notions du monde réel classique, nous ratons globalement : et les réponses et la chance de se poser les bonnes questions. Ceci nous conduit à dépenser trop d’énergie et de temps dans une approche « bottom up » complexe et non déterministe tant nous vivons des bouleversements profonds et rapides et souvent difficilement prévisibles. Le numérique modifie trop de choses et trop vite pour tenter de reconnecter tous les pans de notre société un par un.
Face à ces incertitudes et tout ce bruit, il manque « la big picture », le plan d’envergure qui tente de redonner sens mais qui peut laisser la place au hasard, à l’imprévu, à l’inconnu.

Et si nous tentions autre chose ?

Et si nous passions d’une logique de stock
à une logique de flux ?

… en faisant de la libre circulation des oeuvres, via l’Internet, une chance, au lieu de se focaliser sur le contrôle et l’interdiction ?

Ne basculerions-nous pas, d’un monde dominé par quelques acteurs contrôlant la diffusion, vers une logique d’usages ? D’un univers de devoirs à un monde de droits ?
Ceci permettrait peut être de dépasser un seul de ces droits : le droit d’auteur et son enfant terrible : le copyright, pour aller vers d’autres dimensions tout aussi importantes et potentiellement porteuses de sens et de valeur :

  1. Le modèle économique
  2. Le champ émotionnel

Du copy-right à l’open-right

Tentons d’esquisser quelques principes fondateurs

  • Et si nous n’avions pas à bloquer la circulation des œuvres ?
  • Et si la responsabilité venait de l’utilisateur final ?
  • Et si nous pouvions bénéficier de nos droits ?
    Et effectivement profiter des avancées dans le domaine de la copie de biens numériques, que l’on paye mais dont le bénéfice nous échappe, tant, trop souvent, nous ne pouvons pas utiliser l’oeuvre, régulièrement achetée, sur le terminal de notre choix.
  • Et si nous pouvions nous acquitter de nos devoirs ?
    … pour enfin rétribuer selon un modèle économique que l’on choisirait et qui respecterait les volontés des auteurs et des ayant-droits ? (location, achat définitif, payement en fonction de la qualité, possibilité de « tester » et de consommer plus sans courir le risque de la déception …)
  • Et si nous aussi pouvions maîtriser nos droits ?
    …car aujourd’hui payer ne semble plus suffire. Devrons nous attendre que ce soit Apple qui nous délivre la promesse de voir, d’écouter, de consommer, d’utiliser ce qui nous intéresse, à l’endroit où nous sommes, au moment où on le choisit, dans le terminal (Apple) de son choix ?

« Change the World ? » et en trois étapes

1/ Vers une reconnaissance « ouverte » des oeuvres

Il faut bien sûr réfléchir autrement. Oser perturber des habitudes, des positions établies et en premier lieu revoir les mécanismes permettant de « reconnaître » une œuvre.

L’idéal serait de pouvoir reconnaître une œuvre de façon non intrusive, simplement en la « regardant » et de façon interopérable pour constituer un vrai écosystème ouvert et pérenne.
Je ne parle pas ici de watermarking, de tags ou autre. Je pense à des mécanismes, calculant une signature raisonnable, qui permettent de « reconnaître » une oeuvre, simplement en la regardant et/ou en l’écoutant.
Ceci serait tout à fait possible, dés aujourd’hui, pour le monde de la photographie (celui qui a nourri cette réflexion et que je remercie), comme le prouve quotidiennement ce que fait Shazam pour la musique.

Cette reconnaissance serait clé pour créer :

2/ Des bases OUVERTES de métadonnées
riches des identités et du sens de l’oeuvre

Imaginons ici que chaque service, chaque serveur, chaque plateforme soient en situation de vérifier facilement si le modèle économique qu’il entend faire avec l’œuvre est compatible avec les droits & devoirs qui lui sont associés … Tout ne serait-il pas plus facile ?
Pensons maintenant que « cette fonction contrôle » puisse être accessible à tous, sans barrière à l’entrée, de façon à ne pas re-créer de nouveaux monopoles.

Depuis longtemps, on sait que le prix d’un bien « numérisé » va chuter. On sait aussi que la solution n’est pas d’aller artificiellement à l’encontre de cette chute, mais de ré-créer de la valeur. On sait depuis longtemps qu’il n’est pas durablement tenable d’organiser de la rareté. Au contraire, il faut profiter de l’abondance en favorisant l’accès de ces biens au plus grand nombre. Ceci passe par une libre circulation des œuvres sur les réseaux et dans tous les terminaux en développant l’intelligence de leurs « méta-données ».

Certains se sont lancés sur ce « business » (tel Yahoo, Google et Amazon surtout qui ont bien compris le sujet) mais il s’agit ici d’aller plus loin ou du moins de ne pas laisser à quelques-uns ce formidable potentiel. Pourquoi ne pourrions-nous pas créer des plateformes « ouvertes et connectées » où chacun pourrait ajouter, enrichir ses/ces méta-données ?
Au lieu de devoir gérer une guerre de plateforme et ensuite d’obliger par la loi l’ouverture et la régulation, pourquoi ne pas « ouvrir » dès maintenant le modèle en permettant à qui le souhaite d’héberger une partie du système, connecté au reste par un mécanisme de pair à pair ?

Tout ceci permettrait d’entrer dans une logique d’applications ouvertes et responsables, que tous pourraient concevoir, sans barrière à l’entrée et sans exclusion de contenu ou de services à priori :

3/ Des applications clientes « responsables »

Imaginons un monde où l’on puisse choisir un logiciel « client responsable », qui nous permette d’associer nos droits à nos devoirs, indépendamment d’un terminal ou d’un réseau. Nous pourrions alors rétribuer l’usage d’une œuvre à partir de ce client et non à partir d’une plateforme propriétaire …
Mieux encore, chacun pourrait concevoir ses applications et innover, proposer, tout en respectant la volonté initiale des créateurs ?

Ne serions nous pas dans un modèle gagnant, où chacun pourrait exprimer sa créativité, plutôt que dans l’éternel clivage entre anciens / modernes, Ayant-Droits / Internet, Auteurs / Partageurs ?

Cette architecture permettrait tout type de modèle économique, depuis le payement à l’acte, depuis la possession d’un bien numérique jusqu’à sa location, en passant par des abonnements divers et variés qui auront alors le mérite de pouvoir calculer des clefs de répartitions et de permettre que l’argent collecté aille aux créateurs que l’on écoute et non pas forcément toujours à ceux que l’on nous impose diffuse.

Vers une logique d’openrights

Plutôt que de parler de devoirs et si nous allions vers une politique responsabilisante et une offre de droits ?
Mais pas de droits de copie seulement (copyright) … de droits d’utilisation également, dans un environnement ouvert qui permette à chacun de participer à ce monde numérique. Tant dans ses devoirs de consommateur que dans ses droits de créateur.

Un monde d’open-rights, somme toute, permettant un « usage juste » dans une sphère multidimensionnelle associant :

  • Cadre juridique,
  • Modèles économiques,
  • Données de sens, permettant d’exprimer l’utilité et l’émotion d’une oeuvre.
    Ce point étant généralement le parent pauvre d’un monde devenu trop « commerçant » et ne laissant plus la place à des modèles nouveaux, de dons ou d’échanges. Lorsque l’on dit échange, on ne dit pas forcément monétisation ou pillage. Il s’agit par exemple de pouvoir donner un droit clair dans un contexte commercial précis pour l’utilisation publicitaire d’une photo, tout en permettant un usage de mémoire dans un autre contexte.

Openrights, droits ouverts …. droits de consultation, mais aussi et surtout droit de modification et de création de ces droits. Un véritable monde nouveau ou chacun pourrait librement créer et non pas tenter l’illusion du contrôle. Une sorte de V2 de Wikipedia, plus dynamique, plus pensée elle même dans une logique de flux et qui contiendrait non pas le bien lui même, mais les données permettant l’expression du sens de l’oeuvre.

La valeur étant ensuite ce que l’on voudra bien en faire …

… suite au prochain et dernier billet (pour ma part) sur ce sujet :

« #3> Création et l’Internet : et maintenant … »

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Commentaires»

1. Haifeji - janvier 31, 2012

Bravo! Espérons que ces excellentes idées seront prises à leur compte par ceux qui veulent nous gouverner.

2. Baptiste - janvier 31, 2012

Triple erreur de conjugaison : Pourquoi ne pourrions-nous pas créer une plateformes « ouvertes et connectées »

Jean-Michel Planche - janvier 31, 2012

Merci. En fait une seule erreur … celle d’avoir passé du singulier au pluriel et de ne pas avoir modifié un mot. Le pluriel est important ici car il ne s’agit pas de se retrouver avec UNE seule base de données.
Désolé.

3. Baptiste - janvier 31, 2012

Autres fautes :
– « connecté au resté », l’accent en trop
– « de droits d’utilisations », le ‘s’ en trop à la fin ?
– « Tant dans ses devoirs de consommateur que dans ses droits de créateurs. » créateur au singulier non ?

4. Francois ][ - janvier 31, 2012

On pourrait même simplifier le rêve : Toutes les œuvres naissent égales en « droits » (de circulation, de navigation, de diffusion…) 🙂

5. Jean-Michel Planche - février 8, 2012

Deux informations pour suivre …
1/ une société qui est complètement dans la « Shazamisation » du monde et à bien compris l’intérêt de passer d’un monde réel au virtuel, par le regard / la vision et la reconnaissance : http://www.moodstocks.com/
2/ une initiative différente dans le domaine de la photo : The Plus Coalition. Ici nous ne sommes pas dans l’univers de la Shazamisation, mais plutôt de la métadonnée et de son exploitation. L’initiative semble un peu « centrée » (ie: au service des plateformes) et un peu trop « ADN » pour moi, mais piste intéressante et surtout « coalition » intéressante, avec des gens puissants derrière. : http://www.digitalphotopro.com/business/the-plus-coalition-standardized-licensing-codes


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